Mon ami François me demande toujours : « tu ne t’ennuies pas sur le bateau ? ». Non, je ne m’ennuie pas. J’ai toujours quelque chose à faire. Ne serait-ce que contempler la nature. Et si je n’ai vraiment rien à faire, je rêvasse. Mais cette année, j’ai une nouvelle activité : j’apprends le breton.

Tout a commencé avec la danse. C’était en 2012, j’avais assisté à un spectacle d’Alan Stivell à l’Olympia et avais regardé, médusée, la salle danser en ronde ouverte entre les fauteuils. A la rentrée suivante, j’étais inscrite au cours de danse débutant à la Mission bretonne, le haut-lieu de la culture bretonne à Paris. Depuis l’envie de la danse ne m’a pas quittée.

Gavottes, ridées mais aussi andro et hanter dro. Avec les premiers cours de danse, quelques mots de breton sont devenus familiers à mon oreille. Puis dans les fest-noz, ces bals populaires où l’on danse sur des airs traditionnels, j’ai découvert les rondes dansées et le chant breton.

J’ai toujours eu le goût des langues : anglais, russe, même le latin m’avait passionnée au lycée. Adulte, j’ai rêvé d’apprendre l’italien. Mais sans chance aucune de le parler au quotidien, c’était peine perdue. J’ai donc décidé d’apprendre le breton et de faire ainsi un pas supplémentaire dans la découverte de la culture bretonne. Mes amis bretonnants, attendez-vous à ce que je vous casse les pieds à la rentrée pour la pratique.J’ai acheté la méthode Assimil et Jacques, soucieux de protéger sa tranquillité, m’a offert un casque haut de gamme pour que je puisse écouter et ré-écouter les dialogues enregistrés. Je consacre près d’une heure à ma leçon quotidienne et je ne saute pas de jour. Je recopie les dialogues dans un cahier, je consigne le vocabulaire, j’apprends les conjugaisons et les déclinaisons des prépositions. Le breton est une langue celtique, elle a des côtés exotiques pour moi et je découvre des catégories grammaticales inconnues.

Au début, je ne retenais presque rien mais petit à petit mon cerveau s’est dérouillé. Je répète en boucle les dialogues et j’ai l’air de parler toute seule. C’est le cas d’ailleurs et Jacques commence à s’y habituer maintenant que nous en sommes à notre troisième année de vie sur le bateau. Au début il pensait que je lui parlais tout le temps. En fait non, je me parle à moi-même. Sans risque de contradiction.

La leçon finie, je garde le casque sur la tête et j’écoute Beethoven ou Schubert ou Verdi, pour l’italien. Et je contemple la nature.